06 mars 2009
Corps ouvert
Une exposition intitulée à « corps ouvert » se déroule en France. Il s’agit d’exhiber des cadavres préparés « avec art » auprès d’un public amateur d’images morbides.
Je suis médecin et j’ai pratiqué, comme tout carabin, les inévitables séances de dissection. Il s’agissait à l’apprenti médecin de s’initier aux arcanes du corps humain pour se préparer à le soigner, si ce n’est à le guérir. Le corps est complexe. L’anatomie nous confronte à l’humanité en ce qu’elle a de spécifique. Il y a bien sûr les manuels d’anatomie et certains sont des merveilles d’illustration, mais rien ne remplace la confrontation avec les corps pour découvrir que tout ne se trouve pas dans les livres. Même mort, le corps nous rappelle qu’il y a d’abord une personne, une histoire, une vie qui a été vécue. Il ne s’agit pas d’objet. Je reconnais que j’abordais ces travaux dirigés d’anatomie avec une certaine crainte, même si nous pratiquions l’humour, il s’agissait surtout de dépasser notre propre peur de la mort.
L’exposition à « corps ouvert » attire du monde. Pourquoi un tel succès ? Je pense que l’évacuation de la mort dans nos sociétés a rendu encore plus mystérieux la fin de nos existence corporelle. La foi en la résurrection fait un score très bas dans les sondages d’opinion, même les catholiques pratiquants sont pour une part non négligeable, très sceptiques. Aujourd’hui la mort est refusée et c’est pour cela qu’elle sert de support à un spectacle comme s’il fallait renforcer l’idée qu’il n’y avait rien de réel dans la finitude des hommes.
Je trouve particulièrement indécent d’exhiber des cadavres. Nous savons que certains corps sont ceux de détenus chinois. Ont-ils donné leur accord pour subir une peine d’exhibition, telle celle qui affligeait les pendus au Moyen-Âge, au-delà de leur mort ?
Non, nous ne pouvons pas tout mettre en scène.
13 septembre 2008
les nouveaux tartuffes
Le Pape est à Paris et cela provoque dans une partie du monde politique et associatif une levée de boucliers. Je ne m'étonne pas que dans une démocratie la parole puisse être virulente et excessive, ce qui me surprend c'est la tartufferie, l'hypocrisie des détracteurs du Pape et de l'Eglise. Deux exemples, la laïcité et le sida. A la radio, Edwy Plenel, journaliste bien connu, s'insurge contre le discours du président Sarkozy. Son tort: avoir accueilli le pape et favoriser la religion catholique. J'accepte encore cette critique injustifiée,mais je m'oppose quant il invoque le Général de Gaulle. Pour un ex-trotskiste, c'est sidérant. Pour lui, le général avait une telle idée de la laïcité qu'il ne se signait pas dans les églises où il participait au culte. Peut-être,mais cela était avant 1970, avant le déferlement de la vague anti-chrétienne et anti-catholique qui submerge notre pays depuis lors. Notre cher journaliste oublie que le général avait demandé l'ouverture de l'église saint Louis des Français à Moscou en pleine guerre froide et qu'il y avait communié. Le général avait du courage et des convictions, au point de dépasser une stricte neutralité quand il fallait défendre la liberté. Deuxième exemple, la manifestation d'Act Up. il faut, disent ses supporters, empêcher l'Eglise d'intervenir dans le débat public. Est-ce cela la démocratie, est-ce cela la liberté? Et eux, au nom de quoi prennent-ils la parole? Les libertaires ne sont que pour leur liberté, pas pour celle de ceux qui pensent différemment.
12 juin 2008
missions étrangères
Dimanche 8 juin, à Notre-Dame de Paris, une messe était célébrée pour le 350e anniversaire des Missions étrangères de Paris. Il y avait une cohorte d'évêques, archevêques et cardinaux asiatiques, ainsi qu'une multitude de prêtres originaires de cet immense continent. La liturgie était présidée par Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Je me suis rendu à cette cérémonie pour plusieurs raisons. D’abord pour manifester la solidarité de l'Assomption avec la mission universelle de l'Eglise. Les MEP (Missions étrangères de Paris) illustrent l'audace missionnaire et la force de l'évangile. Il est difficile aujourd'hui d'imaginer ce que "partir au loin" voulait dire au XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles. Les missionnaires étaient de véritables aventuriers, les voyages étaient risqués et l'espérance de vie une fois arrivé sur place très réduite. C'est bien l'Esprit qui a conduit ces hommes et ces femmes à s'en aller pour annoncer le Christ. Il n'y a pas eu que les MEP, mais toute un ensemble d'instituts missionnaires, de congrégations qui sont partis et cela méritait un hommage. Un autre motif de s'associer à la fête est la reconnaissance pour les MEP. l'Assomption, après le départ de la Mandchourie en 1952, a repris pied en Extrême-Orient dans les années 90, en Corée. Nous avons eu le soutien des MEP pour nous installer au pays du Matin Calme. Cela valait aussi un merci fraternel.
J'ai été heureux de m'associer à cette célébration, mais je garde un certain regret de ne pas avoir mieux senti l'universalité de l'Église dans la liturgie. Il y a bien eu une belle procession des offrandes où des fidèles de divers pays asiatiques étaient en costumes traditionnels, mais pour le reste la liturgie est resté très romaine.
Aujourd'hui, nous n'envisageons plus la mission comme elle se faisait dans les siècles passés. Nous sommes attentifs aux cultures et aux traditions. La théorie de l'inculturation de l'évangile est acceptée, même si nous ne savons pas toujours comment l'appliquer concrètement. En ce temps de mondialisation, il faut repenser la mission pour respecter les cultures sans transiger sur la nouveauté de l'évangile. Il y a du travail!
27 mai 2008
on n'arrête pas le progrès!
Dernièrement, le Parlement britannique a voté 5 lois concernant la bioéthique. Parmi elles, l'autorisation de créer des embryons hybrides hommes-animaux, ce que l'on appelle en biologie des chimères; allongement du délai légal pour l'avortement; etc. Le commentateur de Radio France Internationale (RFI) a présenté ces lois comme un progrès puisqu'il s'agissait tout simplement de rattraper le retard de la loi sur l'évolution des mentalités et des comportements. Je trouve que l'analyse est un peu courte. Il y a des lois qui sont caduques parce qu'elles ne correspondent plus à rien. Il est heureux que notre appareil législatif s'allège régulièrement de textes votés, il y a des lustres et qui ont perdu toute pertinence. Mais il y a d'autres principes portés par les lois qui eux ne sont pas liés au mode ou à l'opinion dominante. Je ne trouverai pas pertinent de rendre obsolète le commandement "Tu ne tueras pas". Nous allons donc créer des chimères. Imaginons un instant un embryon qui serait le fruit d'une manipulation mixant un humain et un cheval. L'Antiquité avait ses centaures. Un homme et un bouc, c'est un satyre.
Tout cela est affligeant, mais le commentaire du journaliste m'a plongé dans un abîme de consternation quand il a dit que, devant ces lois , “le Vatican a hurlé". À ce que je sache, je n'ai entendu ni cri, ni hurlement venant du Saint-Siège. Depuis des années, devant l'évolution des techno sciences, l'Eglise invite à un discernement sérieux sur la pertinence des manipulations génétiques. Elle participe à des colloques, des débats. Elle publie des textes pour appuyer la réflexion. Je ne l'ai pas entendue crier. Mais il y a tout intérêt à réduire l'expression de l'Église à un cri car c'est l'exclure a priori de tous les débats. Cela est bien triste.
21 avril 2008
Goulven Madec
Hier soir, dimanche 20 avril, notre frère Goulven Madec est décédé. Il avait un peu plus de 77 ans. Pendant la plus grande partie de sa vie, il a consacré son énergie, son intelligence, son temps à approfondir la connaissance de saint Augustin. Fils d'une famille modeste de Bretagne, il a souvent dit que s'il n'avait pas connu l'Assomption— sa famille religieuse— il aurait été conduit à travailler à l'arsenal de Saint Nazaire, comme bien d'autres jeunes de son époque. La vie religieuse l'a plongé dans le monde de l'Antiquité tardive. " À mon époque, le IVe siècle" aimait-il répéter… Goulven a été un lecteur assidu de saint Augustin. Il a voulu le faire connaître comme un homme, un chrétien authentique en le débarrassant de tout ce que les siècles de dogmatique avaient accumulé autour de lui. Je pense qu'il a bien accompli cet objectif. L'Assomption est fière d'avoir Goulven pour frère pendant toutes ces années. Je forme le rêve que d’autres religieux se passionne pour Augustin, comme Goulven l’a été pendant toute sa vie. Avec discrétion, humour et grande intelligence.
22 février 2008
France, terre d’asile
J’ai la colère. Hier, Dominique de Lille , m’a appris qu’un jeune frère Vietnamien de sa communauté avait été arrêté par la police alors qu’il attendait Vianney, notre postulant coréen, à la gare. La police lui a demandé ses papiers et notre frère a sorti sa carte d’étudiant. Un peu court, peut-être, pour justifier officiellement de son identité, mais était-ce un délit suffisant pour le conduire au poste, le placer en cellule, le fouiller corporellement après lui avoir retiré tous ses habits ?
Je reconnais à l’État le devoir qu’il a d’assurer la sécurité des citoyens et pour cela de contrôler les identités, mais n’oublions pas l’humanité. Notre pays s’est longtemps flatté d’être une terre d’asile, la patrie des droits de l’homme, le fruit de la civilisation des Lumières. Que reste-t-il de tout cela aujourd’hui ?
Sous le régime de Vichy, l’État organisait des rafles. Au Viêt-nam, les croyants ont été persécutés pour leur foi. Aujourd’hui, dans une ville universitaire d’importance comme l’est la métropole du Nord, il est possible à cause d’un délit de faciès de se faire coffrer et fouiller.
Il ne s’agit pas de politique, mais d’humanité. Ne soyons pas complices de la banalisation de ces comportements ignobles.
22 janvier 2008
laïcité à la française
Les débats autour de la question de la laïcité ont été réactivés par les discours du président Sarkozy à Rome et à Riad. Les laïcards les plus durs sont convaincus — ou du moins veulent-ils le faire croire — qu’il y a une menace directe sur l’équilibre qui existe entre l’Église et l’État depuis 1905. La République en tissant de nouvelles relations avec les confessions religieuses s’aventurerait sur des sentiers dangereux et renierait l’héritage des Lumières.
Il me semble qu’il faut ramener le débat à plus de sérénité. Il n’y a pas péril en la demeure dans la mesure où chacun sait garder raison. Raison, mot emblématique dont la réalité n’est pas la propriété exclusive des athées ou des incroyants. Il faut aussi développer un sens de l’histoire. Celui-ci fait cruellement défaut. L’Église, notamment lors du Concile Vatican II, a affirmé l’autonomie des réalités créées. Il faut relire les belles pages de Gaudium et spes pour comprendre que le christianisme n’a pas prétention de contrôler les pensées mais le souci de les éclairer. Et pour cela, il y a la raison et la révélation. Le concile Vatican II a produit un autre texte dont l’importance est majeure, celui sur la liberté religieuse, Dignitatis humanas. L’Église reconnaît la liberté à chacun de vivre sa religion et le devoir de suivre sa conscience.
Le manque du sens historique se vérifie chaque jour un peu plus. Une grande partie des médias, une certaine façon d’enseigner l’histoire aux enfants, inculquent l’idée que l’Église est une force de ténèbres, qu’elle l’est aujourd’hui, comme elle l’a été hier. Un travail de sape entreprit depuis longtemps en France pour discréditer les croyants et l’Église poursuit son œuvre. Il suffit de lire les journaux ou d’écouter la radio pour le constater : être catholique, c’est obligatoirement être rétrograde, être atteint d’une tare profonde.
Vivons paisiblement notre foi dans l’agitation actuelle. Je suis convaincu que la vérité triomphera et qu’il ne faut pas se laisser intimider par des affirmations qui ne confortent que ceux qui estiment avoir toujours raison. Le chrétien sait qu’il n’a pas la Vérité, mais qu’il doit la chercher sans relâche.
25 septembre 2007
Maya Simon
Vous avez probablement entendu parler du « suicide assisté » de l’actrice Maya Simon. Une femme atteinte d’un mal incurable qui a voulu quitter ce monde qui ne lui promettait plus rien si ce n’est l’agonie. C’est en Suisse, à Zurich, qu’elle a trouvé la structure compatissante pour l’aider à réaliser l’acte ultime. Dans les montagnes helvétiques, deux associations— Exit et Dignitas— apportent en toute légalité leur soutien pour répondre à la demande d’euthanasie. Bien évidemment, il ne faut pas parler d’euthanasie, mais de suicide assisté, nous informent les responsables associatifs. La confusion sémantique est d’ailleurs pratiquée à tous les niveaux quand on aborde la mort. Notre monde a peur de la mort, ce n’est pas nouveau, mais à vouloir dissimuler la réalité sous des mots ambigus, il n’y a pas de gloire. Alors on parle latin : Exit (sortie) dignitas (dignité), comme si le recours à la langue de Cicéron donnait un éclat particulier à une réalité plus sombre. Les défenseurs de l’euthanasie reviennent toujours au même argumentaire : il faut mourir dignement et ne pas laisser les malades dans d’atroces souffrances. Ils doivent garder leur dignité jusqu’au bout. Je n’ai rien à redire sur ce point, mais je n’accepte pas en tant que médecin que l’on pratique la désinformation. Il est possible d’atteindre le bout de la vie en restant digne et sans souffrance inutile. Beaucoup parle à tort et à travers d’acharnement thérapeutique, oubliant que les soignants savent depuis toujours que la mort l’emportera et qu’il est bon de « soigner » son patient, c’est-à-dire de s’occuper de lui pour qu’il vive le mieux possible. Désigner les soins donnés sous le label « acharnement », c’est faire passer les soignants pour des barbares ou des obsédés.
Maya Simon a fait un choix. Je le respecte. Elle était actrice. Elle a voulu mettre à profit sa notoriété, sa renommée pour faire avancer une cause qu’elle estime juste, celle de l’euthanasie. Elle a mis en scène une dernière représentation pour quitter la vie. Je me pose une question : plutôt que de parler d’acharnement thérapeutique, ne serait-il pas plus exact de parler d’acharnement médiatique ?
17 septembre 2007
Maison de Dieu, maisons des hommes
La journée du patrimoine permet à des millions de Français de visiter les monuments qu’ils n’ont pas loisir de visiter le reste de l’année : Palais de l’Élysée, universités, églises et autres édifices architecturaux. La notion de « patrimoine » prend de la consistance. Il n’y a qu’à regarder aussi les foules qui se pressent aussi dans les expositions ou dans les musées pour conclure que les Français sont attachés à leur histoire. Le dernier musée à être inauguré est celui du palais de Chaillot à Paris, qui s’appelle « la nouvelle cité de l’architecture ». Sur plus de 25 000 m2, le visiteur découvre les chapiteaux des églises, la statuaire des cathédrales, les cryptes de petites églises rurales, mais aussi les bâtiments industriels ou les habitations humaines. Un petit fait à méditer : jusqu’au XVIIIe siècle, la majorité des œuvres architecturales est religieuse, ensuite les édifices sont consacrés à l’homme. Aujourd’hui, sommes-nous capables de faire une place pour Dieu dans nos habitations ? Sans place pour Dieu, le patrimoine des Français sera un musée, peut-être fort jolie et agréable, mais pas un lieu de vie.
07 août 2007
Le choix de Dieu
Le cardinal Jean-Marie Lustiger vient de mourir. En février dernier, il était venu à la Maison provinciale pour célébrer l'Eucharistie et partager notre repas. Quelque temps auparavant, il avait envoyé ses voeux de bonne année et écrit qu'il allait se décider à traverser l'avenue Denfert-Rochereau pour nous saluer. Il est vrai qu'il était notre voisin depuis déjà deux ans.
ALors que cette belle figure de l'Église de France disparaît, je me souviens de la lecture faite de son livre "le choix de Dieu". J'étais alors séminariste diocésain et ce livre m'avait fait forte impression. Il y a bien sûr la conviction vigoureuse de l'homme, son franc-parler, son inébranlable foi en Dieu, son attachement à l'Église, mais il y avait aussi tout simplement un homme au-delà des clichés. Jean-Marie Lustiger n'entrait pas dans les catégories toutes faites.
Nous pouvions légitimement ne pas être toujours en phase avec cet homme, notamment dans ses décisions pastorales,mais nous devons lui reconnaître une fidélité absolue à la Parole de Dieu. Il avait véritablement fait le choix de Dieu.